
Siebel < Auteur-compositeur interprète
À l’âge où toutes les petites filles veulent être chanteuses,
Siebel était... comme toutes les petites filles. Après qu’on lui
eut expliqué poliment que la chose n’était pas possible, elle fut journaliste et l’on n’en parla plus. Puis, sans doute lassée de compter les cadavres par écrit, elle se mit enfin à chanter.
Mais de l’opéra. Comme elle n’y connaissait rien, sa candeur,
sans doute, émut ces messieurs : on l’engagea. Ce fut alors le théâtre qui lui tendit les bras ; on lui demanda de faire en parlant ce qu’elle avait coutume de faire en chantant, à savoir des sourires et des gesticulations. Elle s’exécuta, et ne cessa depuis de grimper sur une scène dès que l’occasion lui fut offerte, tantôt chantant, tantôt disant.
Mais pendant ce temps-là, Siebel, en secret, écrivait des tas de chansons...
Lorsqu’il fut question de les chanter devant des gens, elle chercha des musiciens et trouva un bassiste, un guitariste, deux batteurs et un nombre extravagant de pianistes. En découlèrent différentes formations, qui toutes connurent le destin funeste des Beatles sans jamais passer par l’étape souriante et humainement harmonieuse de la gloire. Elle se retrouva donc bientôt seule face à un problème grandissant.
Car, entre-temps, Siebel avait encore écrit des tas et des tas de chansons...
Elle eut alors l’idée lumineuse de casser sa tirelire pour s’acheter un piano et... se mit au travail. Ses six ans de guitare classique ne lui furent naturellement d’aucune utilité dans cette manœuvre. Mais à force de maltraiter les touches de ce satané piano et, inévitablement, les oreilles de ses pauvres voisins, elle finit par trouver un certain plaisir à vocaliser tout en torturant l’instrument. Une chance ! Car...
Ce faisant, Siebel avait encore écrit des tas, des tas, et des tas de chansons...
Chansons qu’elle peut dorénavant chanter en concert toute seule comme une grande, pourvu que dans les parages il y ait un piano. Chansons dans lesquelles on trouve, en vrac, dans
les langues de Shakespeare et de Molière mêlées, de l’amour, de la violence, de la mort, des hommes à problèmes, des jeux de mots, de la mélancolie, des harmonies bizarres, des fantômes, des trucs qui font penser à du jazz, des intempéries et un bateau qui coule...